Simone de Beauvoir
J'étais en train de me détruire. L'été se terminait peu à peu et le bilan que l'on pouvait en dresser était fort peu méritant. J'avais une impression détestable, celle qui nous envahit lorsque l'on est arrété dans une folle course, ou encore celle qui nous réveille en sursaut en pleine nuit. Le goût amer de la déception, c'était la seule note que je retenais je crois que j'avais bien réfléchi des heures, pour n'arriver qu'à une seule et unique conclusion, la certitude que j'étais en route vers une longue agonie.
J'étais bel et bien ce petit monstre d'égoisme, cette chose plus ou moins fragile et intriguante. Cette fois-ci, je n'étais plus seule, et c'est bien pourquoi mon attitude m'inquiétait de surcroît. Non seulement je ne me respectais pas, mais je lui réclamais une vertu précieuse, la tolérance. Je me débattai pour ne pas l'entrainer dans une spirale infernale, pour masquer mes déboires, oublier mes crise furieuses et mon indifférence. Nos étreintes s'éternisèrent, elles marquaient à chaque fois une rupture ineffable avec la vacuité de l'existence. J'en oubliais le poids de mes excès, la fadeur du quotidien. L'amour, c'était cette sorte d'ivresse indescriptible et naturelle. J'arrivais enfin à y apposer une sensation, un sentiment, une odeur, j'en étais plutot fière, je crois.