Visage émacié, chevelure peroxydée, dépourvue de sommité, j'étais perdue dans mes pensées.
Sournois et narquois, un petit rire intérieur et satirique s'érigeait pour masquer le chaos qui régnait en moi. Mais plus fort que tout, on voyait poindre, ce sourire exsangue qui me trahissait. Celui d'une petite fille vidée, les yeux hagards, la mort dans l'âme. Celui d'une petite fille brisée, au regard désarmé, emplie de regrets. Et plus que tout, celui d'une petite fille du passé, morose et triste à souhait, avec mille tracas en guise de projets. Tard dans la nuit, j'essayais d'oublier le bruit assourdissant de la pluie sur la tôle ondulée. Migraine et maux de coeur, je m'adonnais une seconde à la douceur des souvenirs. Comme une caresse, comme une promesse, ils vinrent sécher mes larmes de détresse. Enrolée dans mes chimères, affublée d'ornières, qui sacralisent mes folies meurtrières, je dissimulais ma déontologie de sorcière, et je m'adonnais à des prières. Volatilisés, tous ces contes de fée qui autrefois nous faisaient rêver, furent indument troqués contre une amère réalité. Extorquées, usurpées, nous sommes de ces gamines à qui on a fauché leurs poupées. Mouillées de larmes, le coeur souillé. Dans une nébuleuse résolument luxueuse, que certains hérétiques baptisent nauséeuse, nous les avons supléé par ces mannequins. Qu'ils s'avisent, ces encéphales vicieux à saccager notre autel merveilleux, à critiquer ces sylphides aux visages creusés et fédérées comme une armée, nous nous engagerons dans une croisade impériale pour leur faire enterrer leurs mirages. Aigreur. Honneur. Maigreur. J'aurais toujours la plume assassine pour faire valser les indolents.